Sinclair Research, 1982
ZX Spectrum
Le Micro-ordinateur

Les jeux marquants

Arkanoid, Jet Pac, Chequered Flag, Double Dragon

L'essentiel
Pavé Info
Année de sortie 1982
Fabricant Sinclair Research
Support Cassettes/Cartouches + Microdrive
Unités vendues 5 millions
Prix 125 £ / 175 £
Fiche Technique
Processeur Zilog Z80 à 3,5 MHz
Mémoire (vidéo) 16-48 Ko (RAM), 8-16 Ko (ROM)
Graphisme 256x192 pixels, 8 couleurs
Son 1 voie, 10 octaves
L'Histoire
Lancé en avril 1982 au Royaume-Uni, le ZX Spectrum est le troisième ordinateur grand public de la société Sinclair. Toutes versions confondues, il s'agit de l'ordinateur le plus vendu en Angleterre [1], le premier marché européen de la micro-informatique à cette époque.
 
En 1980, l'entreprise Sinclair Research, du nom de son fondateur Clive Sinclair, connaît une croissance exponentielle suite au lancement de son ordinateur ZX-80 et de son successeur, le ZX-81, l'année suivante. En effet, ces machines très bon marché, vendues à moins de 150 €, ont permis à un très grand nombre de particuliers de s'initier aux joies de l'informatique ce qui était alors impossible sur les plateformes concurrentes inabordables pour le grand public (Apple II, Texas TI99/4, Tandy TRS-80, Atari 800). À partir de 1981, un changement s'opère et le privilège réservé jusqu'ici à une élite et aux entreprises devient le lot commun de tous. Il n'est désormais plus rare de voir un micro-ordinateur trôner fièrement au sein du salon familial aux côtés de l'unique écran cathodique de la maison. La demande du public est forte et de nombreux constructeurs appliquent à la clé la stratégie initiée par Sinclair en proposant des ordinateurs à prix cassés. C'est le cas notamment de Commodore qui lance son Vic-20 en 1981 en suivant les préceptes établis par son PDG, Jack Tramiel, selon lesquels "le business, c'est la guerre" ("Business is War"). Toutefois, les compétences indéniables de Clive Sinclair en la matière font que peu d'entreprises réussissent à atteindre les limites fixées par le constructeur anglais, dont les machines s'affichent à des prix records de 70 € à l'époque. En 1982, le premier groupe de médias britannique, la BBC, organise un appel d'offres pour demander aux meilleurs constructeurs anglais de concevoir un ordinateur. La machine retenue sera présentée dans une émission hebdomadaire dont l'objectif est de sensibiliser l'opinion publique aux bienfaits de l'informatique, appelée The Computer Programme. En tant que précurseur, Sinclair Research se place sans surprise parmi les entreprises favorites mais se voit subtiliser le contrat au dernier moment par son concurrent Acorn qui propose une plateforme plus aboutie sur tous les points, l'Acorn BBC. Clive Sinclair est furieux ! Il se considère à juste titre comme la personne qui a permis la démocratisation de l'informatique personnelle dans son pays et n'a pas l'intention de se laisser faire [2]. Sa réponse est cinglante et porte le nom de ZX-Spectrum.  

Connu sous différentes appellations alors qu'il n'était qu'au stade de projet, ZX-81 Color puis ZX-82, le ZX-Spectrum sort en avril 1982 en Angleterre. Il est lancé quelques mois plus tard en France où il est très bien reçu contrairement à l'Allemagne qui lui réserve un accueil mitigé, lui préférant des machines plus performantes. Pourtant, le nouvel ordinateur de Sinclair marque une véritable évolution par rapport à la gamme ZX-80 amorcée deux ans plus tôt. Architecturé autour du même processeur, l'appareil propose cette fois-ci des graphismes en couleurs, un clavier en gomme de meilleure qualité [3] et plus de mémoire vive, 16 Ko ou 48 Ko pour un prix avoisinant les 150 €. L'appareil est livré avec un manuel d'utilisation en Basic qui explique en détail les instructions visibles sur les touches du clavier (GOTO, LOAD, LIST, etc.). En revanche, le ZX Spectrum ne propose aucun moniteur et il faut acquérir des accessoires supplémentaires, appelés Interface 1 et Interface 2, pour pouvoir sauvegarder ses données ou jouer. L'enregistrement se fait à l'aide d'un lecteur de cassettes classique ou sur un lecteur de Microdrive [4] qui sera abandonné quelques mois plus tard faute de succès. Tout comme ses prédécesseurs, il ne s'agit donc pas d'un ordinateur complet et le prix final revient toujours plus cher que celui indiqué sur les publicités qui abondent dans les magazines spécialisés. À ce propos, de nombreuses revues apparaissent pour satisfaire une large communauté de passionnés qui apprennent à programmer. On en décompte plus de 80 dans le monde entier. Au sommet de sa gloire, Sinclair produit jusqu'à 15 000 exemplaires par semaine et traverse l'Atlantique pour être distribué aux Etats-Unis par Timex, sous un nom différent TS 2068. En ce qui concerne l'Europe, le succès du Spectrum est comparable à celui de son principal concurrent, le Commodore 64, qui s'écoule à des millions d'exemplaires aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Toutefois, le Spectrum reste l'ordinateur le plus vendu au Royaume-Uni. Ce succès mérité, ainsi que les précédents, valent à son créateur d'être anobli par la Reine d'Angleterre en 1983 pour l'ensemble du travail réalisé et l'image positive "so british" que suscite la vente de ces produits à l'étranger. En 1984, Lord Clive Sinclair lance donc une nouvelle version du Spectrum, appelée Spectrum +, qui se différencie principalement de l'original par son clavier allongé censé simplifier la dactylographie. Dans la réalité, on n'est encore loin des ténors du genre mais il y a une sensible amélioration. L'année suivante sort le Spectrum 128 d'abord en Espagne puis sur les autres territoires européens. Il est disponible avec une puce sonore intégrée pour un rendu plus performant, une sortie vidéo RGB et surtout 128 Ko de mémoire vive pour pouvoir écrire des programmes plus complets.

Malheureusement, en ce début d'année 1985, la société Sinclair ne se porte pas au mieux. Son inventeur de génie, à force de vouloir se diversifier en développant des écrans plats cathodiques (la TV Flat 80) mais également une voiture électrique, la C5, qui a coûté extrêmement cher en recherche et développement, voit ses intérêts passer dans le rouge. La sortie du Sinclair QL en 1984, un ordinateur 32 bits réservé au marché professionnel, est aussi un flop magistral. Sur ce secteur, Sinclair ne peut absolument pas faire face à la concurrence imposée par Apple et IBM avec leur Macintosh et leur IBM PC qui jouissent d'une meilleure image auprès des entreprises. Sur le marché grand public, les ventes sont également en perte de vitesse à cause des sorties des Amstrad CPC, Atari ST et Amiga 1000 qui remplissent les caddies des adolescents et des parents. En 1986, Sinclair accuse le coup. L'entreprise perd des millions d'euros et est rachetée la même année par son concurrent Amstrad qui obtient les droits d'exploitation de la marque et des différentes gammes d'ordinateurs. Elle continue de développer le Spectrum en plusieurs versions '+2' et '+3' avec un lecteur de cassette puis avec un lecteur de disquette intégré qui se différencient très peu de la gamme CPC. Du point de vue de sa ludothèque, les joueurs ont pu apprécier le développement de centaines de jeux réalisés par des éditeurs tiers chaque année. Il y a du bon et du moins bon mais dans l'ensemble cela reste très positif avec des titres comme Elite, Chequered Flag, Flight Simulator, Arkanoid, Renegade, Double Dragon, etc. La particularité du développement sur Spectrum provient du fait que contrairement aux autres ordinateurs, il n'existe pas de routines disponibles en ROM permettant une programmation simple de la machine. En résulte d'innombrables conversions d'arcade et de grands hits le plus souvent bâclées ou de moindre qualités que sur les machines concurrentes. En revanche, l'avantage de développer un jeu à partir de rien permet l'émergence de titres exclusifs très originaux dans leur approche graphique : en fausse 3D, en vectoriel, en 3D isométriques, etc. Ceux qui réussissent à contourner les contraintes techniques de cet appareil sont depuis devenus de grands noms de l'industrie du jeu vidéo : c'est le cas de Peter Molyneux (Populous, Fable), David Perry (Aladdin, Earthworm Jim) ou le studio de développement Rareware qui édite ses premiers jeux sur Spectrum : Jet Pac et Pssst. Le ZX-Spectrum sera exploité par Amstrad jusqu'en 1992, date à laquelle il n'est plus possible de faire face à la concurrence des consoles 16 bits de Nintendo et de Sega et encore moins des ordinateurs plus puissants. Mais ces derniers ont également fort à faire face au PC qui devient peu à peu le standard universel, la machine "ultime" souhaitée par de nombreux professionnels et joueurs lassés de tous ces appareils incompatibles entre eux. Entre Acorn, Oric, Amstrad et Sinclair, le Royaume-Uni aura en tout cas montré un très grand savoir-faire pendant plus d'une décénnie sur le marché de la micro-informatique grand public. 

[1] En considérant les PC compatibles "hors-catégorie" puisqu'ils s'imposeront comme un standard universel à partir du milieu des années 90.
[2] Voir à ce propos le documentaire Micro Men, produit et diffusé par la BBC en 2009, qui raconte l'épopée de la société Sinclair et la rivalité qu'elle entretenait avec Acorn. 
[3] Un clavier en gomme similaire aux Thomson TO7 et MO5 à venir en France mais qui reste néanmoins de moins bonne qualité que les claviers mécaniques des machines concurrentes (Acorn BBC, C64, Oric Atmos, IBM PC)
[4] Un format propriétaire également présent sur Sinclair QL mais non compatible d’environ 85 Ko. Le lecteur est peu fiable et n’impressionne pas par sa vitesse de lecture ou d'écriture.
Commentaires et anecdotes
grande époque ! très bon micro

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