Atari, 1985
Atari 520ST
Le Micro-ordinateur

Les jeux marquants

Dungeon Master, Populous, Speedball,Arkanoid, Bubble Bobble, Lemmings, Prince of Persia, The Secret of Monkey Island, Another World, Ikari Warrior, Vroom, North & South

L'essentiel
Pavé Info
Année de sortie 1985
Fabricant Atari
Support Disquettes
Unités vendues 6 milllions
Prix 799 $ / 10 000 FRF
Fiche Technique
Processeur 16 bits Motorola 68000 cadencé à 8 MHz
Mémoire (vidéo) 512 Ko-1024 Ko (RAM) / 192-256 Ko (ROM)
Graphisme 320×200 pixels, 16 couleurs
Son Yamaha YM2149, stereo
L'Histoire
Sorti en 1985, l'Atari 520 ST est un ordinateur 16 bits, concurrent de l'Apple Macintosh et de l'Amiga 1000 de Commodore, tous deux apparus à la même époque. Il s'agit d'une plateforme polyvalente qui a connu un succès important notamment en Europe où elle s'est très bien vendue jusqu'en 1992.

Revenir sur l'historique des Atari ST revient peu ou prou à discuter de la rivalité opposant les constructeurs américains Apple, Atari et Commodore au milieu des années 80. En janvier 1984, Apple et son emblématique porte-parole Steve Jobs présente en grande pompe le dernier né de la firme : le Macintosh. Avec son interface utillisateur conviviale très éloignée du standard DOS, sa souris, ses multiples applications professionnelles et son faible encombrement, le Macintosh séduit rapidement les entreprises et les particuliers malgré son prix de lancement excessif. Cette même année, après une réussite commerciale renversante amorcée au milieu des années 70, le constructeur Atari connaît d'immenses difficultés suite à la crise qui touche le secteur du jeu vidéo mais également à cause d'une gestion calamiteuse du groupe par les dirigeants de la Warner qui détiennent Atari depuis 1976. En 1984, la société Commodore fête ses trente ans et réalise sa meilleure année avec un chiffre d'affaires de plus d'un milliard de dollars qu'elle doit en grande partie aux ventes faramineuses de son ordinateur Commodore 64 lancé en 1982. Mais un événement va perturber ce climat d'allégresse. En janvier 1984, Jack Tramiel, entrepreneur charismatique et fondateur de Commodore, annonce officiellement qu'il se retire de Commodore "pour raison personnelles", son conseil d'administration lui reprochant d'avoir une politique de prix trop agressive au regard du profit. Peu enclin à se tourner les pouces, celui-ci fonde une nouvelle sociéte qu'il nomme TTL (Tramel Technology Ltd) et apprend que son concurrent de toujours, Atari, est en grande difficulté financière. En effet, à cette époque, Atari perd plusieurs centaines de milliers de dollars par jour et annonce des pertes records de 536 millions de dollars sur l'année écoulée ! Après une présentation complète des locaux d'Atari en jet privé en Europe et aux Etats-Unis, Tramiel rachète finalement les filliales "jeu vidéo" et "ordinateurs" du constructeur pour 30 millions de dollars en juillet 1984 tandis que la branche "arcade" reste sous l'entrave de la Warner (qui la vendra finalement à Namco quelques mois plus tard). Jack Tramiel n'est pas dupe, il sait très bien que pour remonter l'entreprise il devra effectuer une purge spectaculaire des effectifs ce qu'il réalisera en quelques mois avec l'aide de ses trois fils qu'il propulse à la direction du groupe. Le "clan Tramiel", comme on les surnomme en interne, compte également sur un nouveau projet d'ordinateur, architecturé autour d'un processeur 16 bits très en avance sur son époque, aperçu au Consumer Electronic Show quelques mois auparavant. Cet ordinateur ou plutôt son prototype, du nom de Lorraine, que l'on doit à un ancien employé d'Atari, Jay Miner, a réussi à captiver l'attention des journalistes et des investisseurs du monde entier lors d'une simple présentation d'une bille rebondissant sur un damier avec un réalisme jamais atteint jusqu'à présent. Jack Tramiel comprend très vite qu'il vient de découvrir la nouvelle génération d'ordinateurs et contacte la société en charge du projet, Amiga, pour leur faire une proposition originale. Pour continuer de développer leur ordinateur dans les meilleures conditions, le businessman propose un prêt d'un million de dollars que Jay Miner doit rembourser en seulement un mois sous peine d'activer le rachat complet de la société. Deux jours avant l'échéance, la société Commodore s'immisce sournoisement dans les négociations en proposant une offre de rachat supérieure et le remboursement immédiat de la dette contractée auprès d'Atari. Tramiel est furieux et intente un procès à Commodore pour concurrence déloyale ce à quoi Commodore répond en assignant Atari en justice. En effet, en rachetant Atari, Tramiel a mobilisé plusieurs cadres de Commodore normalement tenus par le secret d'entreprise et dont les clauses de non-concurrence ne sont pas arrivées à leur terme. A partir de ce jour, les deux sociétés ne se parlent plus que par avocats interposés formant deux clans antagonistes de la même manière que les utilisateurs d'Amiga et d'Atari ST s'opposent avec des arguments frôlant parfois la mauvaise foi. 

Août 1984, Jay Miner s'attèle à peaufiner son Amiga dans les meilleurs délais pour le compte de Commodore. Apple réalise de bons résultats grâce aux ventes du Macintosh en Europe qui est proposé à un tarif supérieur à 3000 euros dans sa version standard. Atari doit réagir vite et construire un appareil capable de rivaliser avec ceux de ses concurrents. Pour ce faire, Tramiel exhorte ses équipes afin de réaliser un ordinateur en un temps record qui devra être vendu deux fois moins cher qu'un Macintosh et reprendre les caractéristiques techniques de l'Amiga. Une course folle s'éxécute alors entre Commodore et Atari pour savoir lequel des deux constructeurs arrivera à sortir son ordinateur 16 bits en premier. Seulement six mois après l'arrivée de son nouveau PDG, l'Atari ST est présenté pour la première fois au CES de Las Vegas en janvier 1985. Il présente déjà toutes les caractéristiques qui vont faire de lui un best-seller tandis que les médias présents le surnomme déjà "Jackintosh" du fait de sa ressemblance avec un Mac. Son système d'exploitation, surnommé TOS, reprend les meilleures idées exploitées par Apple, dont une interface graphique gérable avec la souris qui présente des dossiers, sous dossiers et icônes comme la corbeille ou le menu démarrer. L'acronyme ST signifie "Sixteen Thirty-two". Cela correspond à l'architecture mixte de la plateforme qui est composée d'un microprocesseur 16 bits et d'un bus d'adressage en 32 bits. Certains diront avec un peu de malice qu'il signifie également "Sam Tramiel", du nom du fils de Jack Tramiel qui a déjà licencié plus de 80% du personnel et fermé quelques usines entre temps. Assaini, le groupe lance officiellement l'Atari 520 ST en juin 1985 au prix de 799 $ et quelques mois plus tard en Europe aux alentours de 1000 € avec un moniteur. Jack Tramiel a gagné son pari insensé sur Commodore qui ne sortira son Amiga 1000 que plusieurs mois après l'ordinateur d'Atari à un prix deux fois plus élevé mais avec quelques atouts à défendre surtout du point de vue graphique. Malgré tout, pendant deux ans et ce jusqu'à la sortie de l'Amiga 500, Commodore ne pourra jamais rattraper le retard pris sur Atari. En 1985, le premier modèle ST est vendu avec un clavier mécanique d'excellente qualité, un moniteur 12" monochrome, une souris, une alimentation externe et le système d'exploitation sur disquette. Au tout début, il fallait lancer le programme sur un lecteur externe qui prend beaucoup de place sur le bureau mais qui sera rapidement amélioré par la suite. Quelques mois plus tard, le 520 STF est lancé en Europe avec le lecteur de disquettes intégré au clavier et le système d'exploitation directement chargé en ROM pour un accès plus rapide (la lettre "F" signifiant "Floppy" ou disquette en français). L'appareil est proposé à moins de 1000 € avec 512 ou 1024 Ko de mémoire vive suivant les versions choisies, 520 ou 1040 ST. Pour des prestations équivalentes, un IBM PC coûte 2000 € à l'époque et un Macintosh plus de 3000 €. Ses atouts tarifaires lui vaudront une campagne promotionnelle importante avec comme slogan "Power without the price" ("La puissance sans le prix") qui colle particulièrement bien au 1040 ST. En effet, celui-ci propose 1 Mo de mémoire vive à moins de 1000 $ ce qui fait de cet ordinateur le moins cher du marché du point de vue de ses performances (moins de 1$ l'octet, du jamais vu !). 

Le système d'exploitation TOS pour The Operating System (ou Tramiel Operating System du nom du nouveau dirigeant) est un dérivé du GEM de Digital Research, une société concurrente de Microsoft qui a déjà son MS-DOS installé sur de nombreuses plateformes concurrentes à l'époque. De mémoire d'ordinateur, c'est le premier OS à afficher des icônes et des menus en couleur qui se basent en grande partie sur les concepts inventés par Apple un an plus tôt. Avec l'arrivée des ordinateurs 16 bits, un cap est réllement franchi dans la micro-informatique grand public. On plonge soudainement d'une période archaïque où il fallait tout assembler et programmer à la main à l'aide de claviers indigestes avec des écrans aux capacités graphiques désastreuses à un univers convivial où tout est accessible d'un clic et sans plantage ou presque. L'ordinateur personnel n'a jamais aussi bien porté son nom. L'Atari ST fait figure de proue et il est aussi bien à l'aise dans la bureautique que sur le plan ludique et musical ou même dans la programmation assistée par ordinateur (PAO) qui fait son apparition à la même période. Du point de vue ludique, le clan Tramiel n'a aucun mal à convaincre les éditeurs à développer des jeux vidéo sur sa plateforme grâce aux qualités de businessman du père mais aussi grâce à l'image de la marque qu'ils ont réussi à faire renaître de ses cendres selon le précepte cher au clan de "Business is war" ("le Business, c'est la guerre"). S'ensuit une liste de jeux de très grande qualité dont le point d'orgue reste probablement la sortie du jeu de rôle Dungeon Master en 1987. Mais on peut également citer pêle-mêle des titres comme Vroom, International Karate +, Panza Kick Boxing, Arkanoid, Wings of Death, North & South, Populous, Shadow of the Beast, Another World, Speedball, Lemmings, Prince of Persia qui ne sont pas forcément des exclusivités mais dont les conversions sont remarquables. De mémoire de joueurs, rares sont les ordinateurs à avoir donné autant de possibilité tant du point de vue ludique que professionnel. A ce propos, une des particularités de la gamme ST est de proposer un port d'entrée/sortie MIDI qui permet d'enregistrer directement ses partitions à partir d'un instrument de musique relié à l'appareil ou d'y d'associer un synthétiseur. Sur ce point, le ST se différencie clairement de ses concurrents et de nombreux professionnels n'hésitent pas à en faire l'acquisition pour leurs compositions en se servant du logiciel Pro24, un programme encore utilisé de nos jours sous l'appellation Cubase. C'est le cas de Jean-Michel Jarre qui se met en scène lors de ses concerts directement avec l'appareil et signe aussi la bande originale du jeu Captain Blood de Philippe Ulrich (Ere Informatique) mais aussi des artistes tels que Fatboy Slim, Jean Louis Aubert ou Madonna par exemple. A partir de 1989, l'Atari ST est rattrapé par son concurrent Amiga avec lequel il entre dans une guerre fratricide. De nombreux magazines spécialisés apparaissent. On se souvient notamment de ST Magazine en France ou ST/Amiga au Royaume-Uni qui vantent les caractéristiques de chaque support tandis que les plus motivés programment des démos mêlant graphismes, animations et musiques repoussant les machines dans leurs derniers retranchements. C'est véritablement toute une époque qui s'anime caractérisée également par le piratage de millions de disquettes qui s'échangent aussi bien dans les cours de récréation qu'aux réunions d'entreprise. Malgré cela, Jack Tramiel peut dormir sur ses deux oreilles. La gamme ST se vend bien. Très bien même si l'on considère les deux marchés que sont la France et l'Allemagne qui représentent à eux deux près de 50% des ventes : 2 millions d'exemplaire en Allemagne et 600 000 en France. 

1990 marque un tournant. Malgré des évolutions conséquentes du hardware qui permettent à l'Atari ST de passer de 16 à 256 couleurs en simultanées, contre 4096 pour l'Amiga, Atari doit de nouveau faire face au secteur des consoles de salon qui voient l'émergence d'un acteur incontournable après le crash de 1983 : Nintendo. A la fin des années 80, celui-ci vend plus de consoles Famicom/Nes que tous les constructeurs d'ordinateurs réunis chaque année. Le passage à la génération 16 bits qui se prépare avec la Super Nintendo et la Megadrive de Sega, déjà disponible depuis 1989, modifie  les rapports de force. Après une période de vaches maigres, la plupart des joueurs se tourne vers ce marché et celui des consoles portables dont la Game Boy qui fait un carton plein. Atari tente bien de répliquer avec sa portable Lynx et sa console de salon Jaguar, en 1993, mais ces deux échecs commerciaux pèsent fortement dans la balance du constructeur. Les ventes d'ordinateurs d'Atari et Commodore périclitent. Malgré leurs qualités intrinsèques, ce ne sont pas les sorties du Mega STE et du Falcon en 1992 qui modifieront la donne face à l'hégémonie d'Apple et surtout d'IBM avec ses PC dont le système d'exploitation Windows 3.1 du géant Microsoft commence à se généraliser. Perdant sur tous les fronts, Jack Tramiel doit finalement revendre Atari à JTS en 1995 tirant un trait sur deux décennies d'exploits et de maladresses d'un colosse au pied d'argile. La même année, son concurrent Commodore dépose le bilan mêlant une dernière fois ces deux lutteurs dans un final assez chaotique. Une page se tourne. Malgré tout, de nombreux fans continuent, vinq-cinq ans après, à développer des logiciels, bandes-démos, accessoires et clônes de leurs ordinateurs favoris sur Internet. C'est le cas du Firebee qui n'est autre qu'un Falcon survitaminée pour les fans de la première heure, visible sur cette page.   

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